Si à l'époque de son premier jet éponyme du feu de
dieu, Aghora avait pu passer auprès des auditeurs mal informés comme le nouveau
joujou de l'ancienne et culte section rythmique d'un Cynic alors encore dans
les limbes, son principal instigateur , le guitariste virtuose Santiago Dobles
s'est vite chargé de corriger ce mal-entendu, l'ombrageux Sean Malone (Stick
bass) n'ayant pas poursuivi la collaboration plus longtemps. La situation est
donc beaucoup plus clair lorsque sort six ans plus tard Formles, le tardif
successeur d'Aghora dont il reprend le style époustouflant où se conjugue Metal
progressif épris de liberté, jazz Rock et chant féminin aérien. D'aucuns
regretteront sans doute l'absence de Danishta Rivero (néanmoins présente à
travers quelques textes), dont on n'a malheureusement plus croisé la voix
talentueuse par la suite. Bien qu'à l'origine de lignes vocales moins
personnelles, Diana Serra, dotée d'un physique tout à fait charmant, ce qui ne
gâte rien, n'a pourtant pas à rougir de la comparaison. L'effet de surprise
éventée et désertant cette fois-ci quelque peu le terrain éthnique (hormis le
temps des courrts "Lotus" et "Purification", respectivement
chargés d'ouvrir et de fermer le voyage) et parfois barré de son glorieux aîné,
Formless étonne moins mais saura probablement séduire un public plus large,
emporté par une armature rythmique hallucinante de technicité ("1316"
où le thrash nest parfois pas loin) en particulier une basse volubile et
généreuse. Mais quel plaisir de retrouver cette guitare tour à tour feutrée
(les notes acoustiques ouvrant "Fade"), acérée, toujours éblouissante
ainsi que cette qualité, rare chez les esthètes de la virtuosité, de savoir
composer de vraies compositions qui ne se confondent jamais avec un assemblage
vain de strates et de plans destinés à en foutre plein la vue. Au contraire,
l'affolante maîtrise des musiciens (à noter que Sean Reinert est resté fidèle à Santiago), que ceux qui ont
les oreiles rivées aux tablatures passeront des heures à décortiquer, n'étouffe
jamais une écoute fluide et cristallined'où jaillit une beauté tranquille et
chaleureuse et dont on ne décroche pas en cours de route, ce qui est une
gageure ! Bien que toujours lumineuses et émaillée par des aplats colorés, la
musique d'Aghora a perdu en charme fusionnel ce qu'elle a finalement gagné en
puissance. Faudra-t-il au groupe, toujours officiellement en activité, encore
six années supplémentaires pour accoucher d'une nouveau joyau ? Si c'est pour
enfanter un album de cet acabit, c'est là tout le mal qu'on lui souhaite....
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