Voilà un cas épineux car il y a deux façons d’aborder
The Cosmos Rocks : la bonne et la mauvaise. La première consiste à prendre
cet album pour ce qu’il est, c’est-à-dire une putain de bonne galette de (hard)
rock, puissante et élégante. Point barre. La mauvaise, c’est l’aborder pour ce
qu’il n’est pas ou pour ce que certains voudraient qu’il soit : un nouvel
opus de Queen, même si, forcément, il fourmille de détails (le jeu de guitare
si caractéristique de May) et clins d’œil (le début de « Cosmos
Rockin’ » renvoie directement à l’ouverture du « One Vision »
entamant A Kind Of Magic tandis que l’on peu reconnaître du « We Will Rock
You » durant « Still Burnin’ »). Du moins pas tel qu’on
l’entend. Comprendre que ceux qui espère un successeur au bricolé Made In
Heaven (1995) et plus encore à Innuendo (1991) en seront pour leur frais. Sans
John Deacon (basse) et bien entendu privé du flamboyant Freddie Mercury,
peut-on légitimement encore parler de la Reine ? De fait, on peut
reprocher beaucoup de choses à Brian May et à Roger Taylor dont celle de
poursuivre leur carrière sous le drapeau royal. Combien en effet il eut été
plus intègre, plus respectueux de monter carrément un nouveau groupe. La
mention « + Paul Rodgers » n’est qu’une pirouette, un compromis
commercial. Artistique aussi car il est vrai en définitive que tout est dans
cet ajout, tant le mythique (bien que peu connu en France) ancien chanteur de
Bad Company, Free ou The Firm, impose d’emblée son identité, sa patte, au
projet. En revanche, il y a un reproche que l’on ne peut coller aux deux
musiciens restants, celui de vouloir continuer à créer de la musique ensemble.
The Show Must Go On. De la bonne musique surtout. Car The Cosmos Rockin’
regorge d’excellentes chansons, citons en vrac, le superbe « Time To
Shine » (très queenien avec ses notes de piano, ses mélodies vocales et
les riffs de l’homme à l’éternel Marcel blanc), le saignant
« Warboys », proche de ce qu’a pu enfanter Taylor avec son
(malheureusement) méconnu The Cross, le très beau « We Believe »,
illuminé par la performance de Rodgers, le sympathique « Call Me »,
le fiévreux blues qu’est « Voodoo », l’accrocheur « Surf’s Up…
School’s Out ! » et surtout le puissant single
« C-lebrity » et l’étonnement sombre « Through The Night », sans
doute le morceau de choix de ce millésime 2008 avec ce solo du guitariste
suintant de tristesse. Bref, rien à jeter. Quel plaisir de retrouver Brian et
Roger (en si bonne compagnie, soit dit en passant), lesquels, proposent avec ce
disque, ni plus ni moins ce qu’ils ont offert de mieux depuis le dernier album
du vivant de Mercury. Depuis 1991, quoi ! Qu’est-ce qu’ils nous ont
manqué ! Un retour inespéré donc, sans prétention, moins grandiloquent
bien sûr que le reste de la discographie du groupe, caractère que celui-ci
devait essentiellement au défunt chanteur, mais tellement jouissif néanmoins.
Un grand disque et il faudrait vraiment être sourd ou de mauvaise foi pour ne
pas l’admettre. Et tant pis si ce n’est plus réellement Queen. Ou peut-être
tant mieux. La reine est morte…vive la reine ! (cT08)
Rock | EMI | FB
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