Hordes

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mercredi 25 janvier 2012

Nattfog - Mustan Auringon Riitti (2012)


Soyez-en, sûr, Molestor Kadotus est un homme de (bon) goût. Anal Blasphemy, son one man band ainsi que les groupes qu'il signe avec son propre label Hammer Of Hate, en sont l'illustration. Et ce n'est pas Nattfog qui va contredire cette affirmation. 

De toute façon, une horde qui a partagé un split avec Nekrokrist SS et dont le visuel habillant une première offrande attendue comme un petit messie impie, fait figurer des soleils noirs, ne peut pas être foncièrement mauvaise ! Ce que les Finlandais ne sont donc absolument pas. En s'inscrivant dans une tradition ancestrale établie notamment par le légendaire Horna, le duo, bâti autour de Destruction (ça ne s'invente pas) et de Vulcan Sacrilege, exalte un Black Metal grésillant, enveloppé dans une couche polluée, bien que toujours lent et mélodique. 

Oeuvre (trop) courte, Mustan Auringon Riitti n'est pas de celle que vous surprendrez en flagrant délit d'excès de vitesse. Au contraire, ces complaintes sinistres, sans être très longues, privilégient les mid-tempo lancinant volontiers répétitif aux Blasts supersonniques sans âme. Coincées entre une intro aux teintes moyenageuses dont le riff qui la guide a déjà été entendu mille fois sans qu'on ne le regrette jamais, et un instrumental Ambient de plus de huit minutes d'inspiration (forcément) burzumienne, celles-ci sont forgées autour d'accords de guitare minimalistes et obsédants, grattant la chair et creusant de profonds stigmates dans la mémoires. 

Le son grêle d'une pluie lugubre pose une ambiance d'une froideur cinglante cependant qu'au loin, un loup hurle, appelant la nuit et les démons qui l'habritent. Basé sur une ligne entêtante, "Mieleni Mustissa Merissä", véritable épicentre de l'album, avale la lumière et vous plonge dans un monde de ténèbres vicieusement morbide. Et si l'ensemble reste en définitive tout ce qu'il y a de plus accessible, bien que toujours drapé dans cette aura lourde et glaciale sur laquelle le genre s'est fondée, Nattfog véhicule toute une philosophie s'enracinant dans les mythes nordiques et une nature brutale et sauvage. 

D'une poésie noire, Mustan Auringon Riitti comble les espoirs que la démo de 2008 puis le split précédemment cité avaient très justement succité. Au risque de se répéter, qu'il est dommage toutefois que l'écoute ne dépasse que de peu la quarantaine de minutes (pour seulement quatre "vrais" titres). Au moins, jamais l'intérêt ne faiblit ni une morne intensité. Un de ces petits albums bourrés de charme comme seul le Black underground est capable d'en régurgiter. 7/10 (La Horde Noire)



vendredi 6 janvier 2012

Disiplin - Radikale Randgruppe (2011)


On l’oublie un peu trop souvent mais le Black Metal se doit de déranger, de laisser un goût amer dans la bouche, de fouailler les chairs, de laisser de purulents stigmates dans la peau. Peu y arrivent en définitive. Disiplin, si. Après quelques années de silence, tout d’abord rompues par deux compilations généreuses, le Norvégien dresse à nouveau une érection créatrice plus vigoureuse que jamais. 

Faisant suite à un troisième album expulsé de la terre froide seulement en avril dernier, Radikale Randgruppe porte définitivement bien son nom. C’est une œuvre extrêmement radicale dans sa haine et sa brutalité affichées tel un étendard rouge sang. Elle a quelque chose d’un cri de dégoût pour la société telle qu’elle est en train de devenir. Artiste nihiliste et visionnaire, Weltenfeind (seul à bord du panzer depuis l'enregistrement), dresse un Black Metal aux atours martiaux et sévères, aux confins de la musique industrielle voire franchement noise ("The Golden Age", secoué par des discours envenimés). 

Dès le bruitiste "Nuclear Catharsis", d’une violence brute rare, inouïe et assourdissante mais belle dans sa laideur néanmoins, le malheureux auditeur est happé dans un tourbillon fielleux d’une négativité malsaine. Radikale Randgruppe est un blockhaus monumental aux arêtes à vif qui s’enfoncent dans un terreau sombre souvent hypnotique ("White Earth", "Me Ne Frego"), alliage froid comme le tranchant d’une lame entre un Black Metal qui grésille de haine et une accroche étouffante et mécanique ("Radikale Randgruppe"). C’est souvent lancinant ("Soldier Of The Black Sun"), parfois plus rapide ("Triarii"), toujours malfaisant et d’une noirceur poisseuse peu commune ("Exile"). 

Au milieu de ces déflagrations surgit le spectre de la mort qu’incarne le mortifère "Oath Of Bound", plainte instrumentale qui résonne au son d’un piano funèbre. En six minutes, Disiplin y exsude plus de désespoir et le sentiment profond d’inéxorabilité que bien des doloristes du Funeral Doom. De même, l’album meurt sur une très longue plage électronique où treize minutes durant, le Norvégien tisse une toile répétitive, d’un minimalisme aussi absolu qu’admirable que d'aucuns jugeront d'une chiantise insupportable. Tant mieux. Grouillant de sons qui obsèdent, bidouillage ambient ou touches hantées d’un orgue seventies lointain, "The Empire" redonne tout son sens au mot « lenteur » et ferme cette marche militaire sur une note définitive. 

Triomphal et d’une vraie démesure dans l’agression sonore, Disiplin se pause comme le guide des temps nouveaux.  7.5/10 (Music Waves)



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