Hordes

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dimanche 8 juillet 2012

Brume d'Automne - Brume d'Automne (2012)


Le Black Metal québécois est autant une affaire de famille que de valeurs. De famille tout d’abord car une évidente fraternité unit cette micro scène qui se structure depuis quelques années autour de deux labels aussi passionnants que passionnés, Sepulchral Productions et les Productions Hérétiques, lesquels hébergent la majorité des groupes dont les membres ne cessent de se croiser, de d’associer, le temps d’un projet commun (Misererii Luminis, union éphémère entre Gris et Sombres Forêts) ou en live (Monarque). De valeur enfin car c’est un même combustible, entre nationalisme, traditionnalisme et fierté des ancêtres et des combats de jadis qui nourrit l’ensemble de ces musiciens, auquel s’ajoute une exaltation de l’hiver canadien et la solitude qui l’accompagne. Hydre à deux têtes, celles d’Arthros (Forteresse et bien d’autres encore) et de XX (U’falch, Teutates..), Brume d’Automne incarne parfaitement l’esprit de cet art noir à la québécoise. Alors qu’il est là depuis le début, le projet s’est fait (trop) discret, n’enfantant qu’un unique méfait, Fier et victorieux en 2005, le reste se limitant à deux maigres (pour la quantité s’entend) splits (Read more...)

dimanche 4 mars 2012

Funeral Heaven / Plecto Aliquem Capite - Astral Mantras Of Dyslexia (2011)


On connaissait le Black Metal mexicain, russe, japonais, islandais voire même iranien (?), en revanche on ignorait que le genre avait essaimé jusqu’au Sri Lanka. Pourquoi pas après tout, les (plus si) fous furieux d’Impiety viennent bien d’Indonésie, terre islamique qui plus est ! C’est donc de cette île d’Asie du Sud-Est multi culturelle que sont originaires les deux protagonistes du split Astral Mantras Of Dyslexia, étonnante production émanant du modeste mais passionné label Dunkelheit, au catalogue particulièrement cosmopolite où se cotoient Defuntos (Portugal), De Silence Et D'Ombre (France) ou Orchid (Italie). 

Cimenté par un membre en commun (Chathuranga Fonseka), chanteur du premier en même temps que bassiste du second, Funeral Heaven et Plecto Aliquem Capite sont tous les deux actifs depuis quelques années sans pour autant n’avoir jamais dépasser ni le stade de la démo et du EP ni vraiment les frontières extrême-orientales. Au-delà de sa qualité (ou pas, nous y reviendrons), cette union a au moins le mérite de nous dévoiler cette micro chapelle à l’aune de la découverte de ces deux obscures formations. 

Le Black Metal s’est toujours nourri d’un humus aussi bien culturel que géographique et historique, puisant son inspiration dans les légendes et le folklore national, préférant généralement les langues originelles au kiste anglo-saxon. En berçant le long titre d’ouverture, l’instrumental "Transmigtations", d’influences tribales et  orientalisantes, Funeral Heaven ne fait pas autre chose. Celui-ci s’inscrit dans un cadre précis, celui du Sri Lanka dont il explore la mythologie, quand bien même ses trois autres (longues) compositions errent dans les méandres d’un Art noir d’obédience dépressive, lancinant et pollué. Exception faite du maladroit "Buddhang Saranang", aux relents presque Heavy Metal incongrus, le groupe mérite d’être découvert. 

Davantage dans tous les cas que son compatriote qui lui aussi se fend d’une piste instrumentale aux couleurs orientales ("Lament") tandis que "Stoned Guru Ramblings" (au demeurant le son meilleur titre) et "Cemetary Of The Deep", à force de sonner comme une bouillie hurlante aux confins d’une stérile et insupportable cacophonie, finissent par lasser, renvoyant l’image de musiciens en roue libre qui se contentent de faire beaucoup de bruit… pour rien. A l'arrivée, un split inégal qui doit donc beaucoup à la contribution de Funeral Heaven dont on retiendra le nom... 7/10 (La Horde Noire)



vendredi 17 février 2012

Förgjord - Sielunvihollinen (2012)


Alors qu’il a pourtant officiellement vu la nuit en 1995, le nom de Förgjord ne vous évoque rien ? Rien de guère étonnant à cela, le duo finlandais ne souffrant pas vraiment de priapisme créatif. Une identité fixée seulement quatre ans plus tard suite à un patronyme changeant, une poignée de démos et jusqu’à présent un seul et unique méfait en 2008 (Ajasta Ikuisuuteen), néanmoins publié chez le respectable Hammer Of Hate, noircissent un curriclum vitae aussi maigre que le cadavre d’un déporté. 

Après plusieurs années de silence dont il serait exagérer de prétendre qu’elles furent longues à vivre, la horde est enfin de retour avec Sielunvihollinen qui devrait peut-être (enfin) offrir à ses géniteurs plus de lisibilité qu’ils n’en ont bénéficié jusqu’alors. Comme beaucoup de ses confrères au sein de la chapelle impie du pays des milles lacs, exception faite des vikings façon Moonsorrow bien entendu, vous ne surprendrez jamais Förgjord en flagrant délit de prôpretré. Sale comme le sang menstruel, dégueulé par un chant de gargouille enrhumée mais que n’exonère finalement pas un net penchant pour les mélodies, comme en témoignent les lignes de guitares – grésillantes et trempées dans la rouille cependant – cisaillant "Niin Lihassa kuin Veressä", c’est donc un Black Metal cru et minimaliste, raw et authentique à l’intérieur duquel palpite une force obscure qui semble provenir des ténèbres elles-mêmes que crachent les Finlandais. 

Le prologue aux accents folkoriques et tavelé de couleurs profondément désenchantées ne reflète pas une ambiance générale malsaine et dépouillée où règnent les tempos obsédants parfois ("Ei Kuoleman Arvoinen"), atmosphériques également quand cela est nécessaire ("Viimeinen Myrsky " qui ferme la marche sur une note funéraire avec ses nappes de claviers hantés) mais le plus souvent rapides et presque Thrashy. Et si Sielunvihollinen ne saurait passer pour autre chose que de la série B, il est permis de lui trouver cet inconstestable petit charme propre à ce type de production artisanale qui ne peuvent de toute façon se repêtre que dans l’obscurité hivernale. 

Fort de cette seconde offrande solide et recouvert d’une croûte sonore polluée, Förgjord est donc prier de se montrer désormais plus actif sinon régulier tant il se hisse sans peine au niveau de la plupart de ses collègues de prêche invertie. Il serait donc dommage qu’il retourne hiberner dans le permafrost où il reposait depuis presque quatre ans. 7/10 (Music Waves)



mercredi 15 février 2012

Anal Blasphemy - Sermons Of A Sodomite (2011)


Saluons pour commencer l'excellent titre de ce petit 7' et sa pochette qui l'est tout autant, laquelle pourra surprendre de prime abord par sa fausse bondieuserie maisqu'il faut retourner pour comprendre où notre bien aimé Molestor Kadotus a voulu cette fois-ci en venir. Nous n'en dirons pas plus, réservant la surprise à ceux qui achèteront (ah bon, ce verbe existe encore ?) ce bel objet. 

Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, Anal Blasphemy éjacule son Black Metal coutumier garanti 100% première prise moins sale qu'il n'en a l'air et surtout joyeusement blasphématoire. Si "Sermons Of A Sodomite" et "Perverse Butterfly" étonnent peu, leur mid-tempo sinistre ayant toujours la préférence du Finlandais par rapport aux saillies sans vaseline, en revanche la surprise de cette ostie réside dans la piste Ambient, intitulée "Metamorphosis", qui voit le héros (?) de ce mini concept album, quitter ses ouailles pour se tranformer en travesti, probablement pédophile !  

Kadotus n'a peur de rien et il a bien raison. Animé par une haine tenace envers toutes les religions monothéistes et révélées, l'homme poursuit avec sincérité sa prêche et son combat, esquissant une oeuvre finalement cohérente dans son aversion pour le christianisme, sa principale cible mais aussi le judaïsme et l'Islam. On peut en rire comme on peut applaudir cette déclaration plus que jamais d'actualité à une époque où la religion connait un renouveau inquiétant. Mais ceci est une autre histoire. 

Anal Blasphemy a toujours été friand du petit format (demo, split et EP) qui jalonne sa carrière et Sermons Of A Sodomite est un bon millésime, quart d'heure idéal pour faire patienter le fidèle en attendant le prochain successeur du poétique Profane Fornication Ejaculation. 7/10




dimanche 5 février 2012

Dodecahedron - Dodecahedron (2012)


Auteur avec Nihill de deux oeuvres (Krach et Grond) d'un Art noir extrêmement glauque aux confins du Drone, ce n'est bien entendu pas pour exalter les blasts supersoniques à la suédoise ni le satanisme bas du plafond que celui que l'on connait sous le nom de Eikenaar décide de participer à nouveau projet. 

De fait, n'attendez pas de Dodecahedron une sorte de easy listening du Black Metal, nous sommes loin. Très loin même. Et s'elle semble être à première vue plus accessible que ses faux frères jumeaux déjà cités, cette macération éponyme creuse un sillon identique - dans l'esprit du moins - des travaux matriels de Blut Aus Nord (à partir de The Mystical Beast Of Rebellions'entend) ou de Deathspell Omega, soit un Metal Noir vicié et aussi tortueux que torturé aux modelés tranchants et austères comme taillés dans la pierre froide et grise d'obédience germanique. 

Etouffant et d'une noirceur abyssale en cela qu'aucune source de lumière ni de chaleur ne vient jamais l'éclairer ni le réchauffer même timidement, ce premier méfait a quelque chose d'un bloc compact, massif qui se dresse telle une turgescence obscure gonflée d'une semence venimeuse. Les Hollandais n'ont nullement besoin d'écraser l'accélérateur ou de se peinturlurer la gueule pour sonner malsain et diffuser un vrai malaise, grâce notamment à ces guitares dissonantes qui ne filent jamais droit, vecteurs d'une lèpre vicieuse qui raclent la chair tout en s'insinuant dans les veines. 

Après un début au souffle apocalyptique, representé par ce "Allfather", toutefois écartelé par un passage Ambient comme suspendu au-dessus d'un trou noir, puis "I, Chronocrator", d'une brutalité fiévreuse, l'album s'enfonce ensuite peu à peu, à partir des dix minutes de "Vanitas" dans un cauchemar aux portes du Doom mortifère où les Bataves font montre d'une science de la décrépitude rampante et de l'ambiance suffocante tout à fait admirable. Dès lors, en même temps que le tempo général s'engourdit de plus en plus, chaque titre est comme une marche supplémentaire vers l'indicible, les fosses Marianne étant atteintes avec le tryptique final "View From Hverfell", monstrueuse figure labyrinthique et grisâtre aux atmosphères étouffantes érigeant une cathédrale assez monumentale dans sa noirceur crépusculaire. 

Les Hollandais réussissent à instaurer un climat oppressant d'une pure négativité. A l'image du polyèdre à douze faces qui lui donne son nom, Dodecahedron, le groupe autant que l'album, constitue un ensemble énigmatique, à l'origine d'un art noir supplicié et cérébral dont les clé de lecture ne nous sont pas livrées.  7/10 (Music Waves)



lundi 16 janvier 2012

Mhönos - Humiliati (2011)


Plus que Miserere Nostri, son premier office, ce sont bien ses cérémonies en public, parfois devant seulement une (trop) petite dizaine de personnes, en comptant large, comme ce fut le cas en ouverture de Danishmendt à Paris, qui ont fixé la personnalité tant sonore que visuelle de Mhönos et sa bande de prêtres à l'identité encapuchonnée. En tentant de capturer les vibrations proches d'une transe hypnotique que celle-ci délivre lors de ces messes étouffées par la brûme, Humiliati, sa seconde prêche, le démontre, dont les allures de rituel sont plus marquées encore que sur sa devancière. A l'origine accessoire liturgique et solitaire de Frater Stéphane (que les fidèles du regretté Hyadningar connaissent bien), l'entité est rapidement devenue une confrérie à part entière capable de performances où fusionnent Black Metal incantatoire et Drone mortuaire. Le projet y a beaucoup gagné. 

Scindé en trois longs - voire franchement interminables - psaumes, Humiliati est donc au confluent de Miserere Nostri et du "Live" - terme maladroit s'il en est - édité de manière artisanale et confidentielle, Rotomagus Ritualis qu'il surpasse néanmoins, oeuvre organique à la dimension religieuse qui se mérite, à laquelle on adhère ou que l'on rejette en bloc. Seuls les flagellants et les pénitants les plus dévoués réussiront à franchir les épreuves qu'elle arbite. 

Car il en faut de la dévotion pour parvenir au bout des trente quatre minutes que dure "Alveus Terra", première des trois plaintes, la plus proche des happenings sonores offerts par les musiciens et porte d'entrée aride dans sa lenteur rituelle où rien ne semble se passer hormis les roulements d'une batterie fantomatique auxquels viennent peu à peu se greffer des psalmodies incantatoires. Une fois traversé ce chemin de croix, la récompense commence ensuite peu à peu à fendre le brouillard qui drape Humiliati tel un suaire. Manière de pause en même temps que passerelle entre les deux longs caveaux creusant de leur cavité morbide l'album, "Ex-Nihilo... Ad Nihilum" a quelque chose d'une lente pulsation Ambient qui tel un venin s'insinue dans les veines, enténèbrée par un chant abyssal d'une pronfondeur tellurique aux accents shamaniques. 

S'il parait de prime abord être la partie la plus accessible (tout est relatif) de ce retable en trois pans, fort de son attaque nerveuse en ouverture sous la forme d'un frottis de cordes sur fond de rouleaux rythmiques, "Mortificare" épouse en fait les couloirs aussi tortueux que tentaculaires d'un labyrinthe suffoccant que percent les cris de Necropiss de The Arrival Of Satan. Après une morbide déambulation au-dessus d'un gouffre qui voit Mhönos tricoter des instants comme figés, engourdis, la plainte s'enfonce ensuite progressivement au fond des arcanes d'un cauchemar sans fin aux portes du Black Metal suicidaire, un art noir gangrené par la folie  et qui aurait copulé avec le Drone le plus sinistre. 

Nonobstant les qualités de son prédécesseur, on a vraiment l'impression qu'avec Humiliati, longue mortification de plus d'une heure, ode à la mort et au néant, Mhönos a trouvé sa voie, église invertie d'un absolu nihilisme, à la fois plus personnelle et plus aboutie. 8/10 (La Horde Noire)




Hazard's Curse

samedi 7 janvier 2012

Anal Blasphemy - Profane Fornication Ejaculation (2010)

Franchement, on ne peut s'empêcher d'avoir de la sympathie pour un groupe (?) qui répond au très poétique nom d'Anal Blasphemy, crache sur les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans et habille tous ses visuels d'images mêlant sexe, bondage et blasphème ! Jouet du seul prêtre Molestor Kadotus, accessoirement boss de l'excellent label Hammer Of Hate, la bête résume en fait à elle seule toute une frange de ce Black Metal finlandais volontairement cru, malsain, démoniaque et jouissif.

(seulement) Seconde ostie d'Anal Blapshemy, Profane Fornication Ejaculation, dont le titre se passe bien évidemment de commentaire, est comme une hampe gonflée de sperme, fluide vénéneux craché par une déité invertie. Pour autant, outre le fait que l'ensemble reste étonnamment mélodique et presque accrocheur, le Finlandais se présent surtout en 'adepte des coups de boutoir lancinants plutôt que des saillies brutales qui font saigner les mucqueuses. Ces blasphèmes dressent une lourde érection, tel que ce "Black Sodomy" infernal, pesant où l'unique maître des lieux hurle sa haine avec une sincérité qu'on ne saurait lui contester. Le successeur de Bestial Black Metal Filth se scinde en deux parties, chacune correspondant à la face d'un vinyle, seul support digne de ce nom pour ce genre d'entité culte. 

Si "Profane" met l'accent sur les atours les plus Heavy d'Anal Blasphemy, agglomérant cinq éjaculations épaisses et cradingues sans l'être trop, évitant à ce Black Metal garanti sans OGM de tomber dans le piège du nécro mal branlé au fond d'une cave éclairée à la bougie, "Fornication" enfonce son pieu dans une fente à la fois plus rapide, comme l'illustre "Goat Of Blasphemous  Lust" et plus malsain encore, trait venimeux dessiné par les dernières mesures de "Sniffing The Dead Nun"s Vagina" et surtout le long et sexuel rituel final, "Profane Fornication Manifest", titre exclusivement destiné à l'édition limitée du 12 pouces, séance d'onanisme (quasi) instrumentale  où seuls les râles de plaisir d'une femme dont on devine qu'elle se masturbe en scandant le nom de Dieu avant de céder la place à des imprécations masculines, le rythment avec fièvre et luxure. 

A l'écoute de ce méfait, on mesure combien Molestor derrière ses attributs de carnaval, est un vrai musicien, auteur d'une oeuvre cohérente et certainement pas médiocre comme ses détracteurs seraient tenter - à tort -de l'affirmer. Profane Fornication Ejaculation (ahhh, ce titre !) peut très justement être considéré comme son effort le plus abouti à ce jour, délicieux sacrilège suitant le stupre et le fluide vaginale par tous les pores avec une science du riff pollué tout à fait admirable. Un grand disque. Forcément.7.5/10


A lire : Sermons Of A Sodomite (2011)



vendredi 6 janvier 2012

Disiplin - Radikale Randgruppe (2011)


On l’oublie un peu trop souvent mais le Black Metal se doit de déranger, de laisser un goût amer dans la bouche, de fouailler les chairs, de laisser de purulents stigmates dans la peau. Peu y arrivent en définitive. Disiplin, si. Après quelques années de silence, tout d’abord rompues par deux compilations généreuses, le Norvégien dresse à nouveau une érection créatrice plus vigoureuse que jamais. 

Faisant suite à un troisième album expulsé de la terre froide seulement en avril dernier, Radikale Randgruppe porte définitivement bien son nom. C’est une œuvre extrêmement radicale dans sa haine et sa brutalité affichées tel un étendard rouge sang. Elle a quelque chose d’un cri de dégoût pour la société telle qu’elle est en train de devenir. Artiste nihiliste et visionnaire, Weltenfeind (seul à bord du panzer depuis l'enregistrement), dresse un Black Metal aux atours martiaux et sévères, aux confins de la musique industrielle voire franchement noise ("The Golden Age", secoué par des discours envenimés). 

Dès le bruitiste "Nuclear Catharsis", d’une violence brute rare, inouïe et assourdissante mais belle dans sa laideur néanmoins, le malheureux auditeur est happé dans un tourbillon fielleux d’une négativité malsaine. Radikale Randgruppe est un blockhaus monumental aux arêtes à vif qui s’enfoncent dans un terreau sombre souvent hypnotique ("White Earth", "Me Ne Frego"), alliage froid comme le tranchant d’une lame entre un Black Metal qui grésille de haine et une accroche étouffante et mécanique ("Radikale Randgruppe"). C’est souvent lancinant ("Soldier Of The Black Sun"), parfois plus rapide ("Triarii"), toujours malfaisant et d’une noirceur poisseuse peu commune ("Exile"). 

Au milieu de ces déflagrations surgit le spectre de la mort qu’incarne le mortifère "Oath Of Bound", plainte instrumentale qui résonne au son d’un piano funèbre. En six minutes, Disiplin y exsude plus de désespoir et le sentiment profond d’inéxorabilité que bien des doloristes du Funeral Doom. De même, l’album meurt sur une très longue plage électronique où treize minutes durant, le Norvégien tisse une toile répétitive, d’un minimalisme aussi absolu qu’admirable que d'aucuns jugeront d'une chiantise insupportable. Tant mieux. Grouillant de sons qui obsèdent, bidouillage ambient ou touches hantées d’un orgue seventies lointain, "The Empire" redonne tout son sens au mot « lenteur » et ferme cette marche militaire sur une note définitive. 

Triomphal et d’une vraie démesure dans l’agression sonore, Disiplin se pause comme le guide des temps nouveaux.  7.5/10 (Music Waves)



mercredi 21 décembre 2011

Saturnian Mist - Gnostikoi Ha-Shaitan (2011)


Rassemblant un certain nombre d’activistes de la chapelle noire finlandaise, membres de Verge ou de Blood Red Fog (entre autres), le genre de lascars incapables de se contenter d’une seule fente à butinner, le premier méfait longue durée de Saturnian Mist était attendu comme un messie impi certes modeste mais certainement chargé de promesses maléfiques sales et grésillantes à même de faire saigner les mucqueuses, ce que ses préliminaires (dont un split avec son faux frère jumeau Creatura, laissaient espérer. 

Gnostikoi Ha-Shaitan se veut à la fois conforme à ce que nous en attendions et plutôt étonnant autant dans le fond que dans la forme. Bien entendu, origine finlandaise oblige, Saturnian Mist ne fait ni dans la dentelles ni dans le point de croix (renversée), grattant ce sillon ténébreux et (forcément) satanique que les Horna et autre Anal Blasphemy ont contribué à creuser avant lui. La prise de son est donc crue, sans l’être trop, venimeuse sans être trop cradingue, les guitares hurlantes au goût de lèpre sont recouvertes d’une croûte polluée mais demeurent audibles, taillant à  vif dans la chair tels des riffs rouillés à la manière de scalpels à la propreté douteuse, cependant que le chanteur dégueule ses tripes tout du long, crache sa bile démoniaque avec une conviction qu’on ne cherchera pas à lui contester, se faisant même prêtre d’un ritual obscur sur "Sacrifice Of Faces Unbroken". Voilà. 

Mais pour autant, les Finlandais ne pataugent pas tout à fait dans la même fange blasphématoire que certains de ses compatriotes. Ainsi, aux crachats souillés de stupres, Saturnian Mist préfère une approche plus ésotérique et cosmique du luciférisme. Par ailleurs, oeuvre d’une noirceur crapoteuse exsudant un feeling sinistre, Gnostikoi Ha-Shaitan bouillone d négativité grâce à des compositions plus élaborées qu’il n’y paraît, où les ambiances malsaines l’emportent sur une brutalité qui n’intéresse pas leurs auteurs. Si quelques blasts propulsent certaines d’entre elles ("Temps-Des-Cranes"), ce sont davantage les mid-tempo sinistres qui prédominent, ce dont on ne se plaindra évidemment pas, du cryptique "Aura Mystica", qu’irriguent des guitares entêtantes à "Consecration Of The Temple" sans oublier le rampant "Bythos In Quintessence", Everest de l’album lui aussi cisaillé par ces riffs qui obsèdent, laissant de durables résidus dans la mémoire. 

Saturnian Mist se monstre donc à la hauteur de l’attente, accouchant d’un opus à la gloire du Black Metal finlandais, malsain et evil. 7.5/10 (La Horde Noire)



lundi 5 décembre 2011

Pestilential Shadows - Depths (2011)


Une fois passée l'onde de choc libérée par les deux uniques offrandes d'Austere (Withering Illusions And Desolation et To Lay Like Old Ashes) et les premiers balbutiements de son faux frère jumeau Woods Of Desolation (Toward The Depths, essentiellement), il faut bien admettre que Desolate et Sorrow, l'hydre à deux têtes de ces groupes, commençaient à moins  nous intéresser, après le split du premier, le décevant Torn Beyond Reason pour le second, sans oublier le banal Below The Ever Setting Sun de Grey Waters, autre projet de Sorrow. Autrefois inséparables, les deux hommes tracent désormais chacun leur route respective. 

De fait, Pestilential Shadows, qui les accueillait tous les deux, autour de Wraith et Balam, se trouve maintenant réduit à la forme d'un trio. Membre de la famille Nazxul dont les trois musiciens restant font partie, véritable point de convergeance de la scène Black Metal australienne, la horde livre avec Depths un quatrième opuscule qui ne peut que nous réconcilier avec l'inspiration de Desolate, formation dont il n'est du reste qu'une des pièces. Depuis le sabordage d'Austere en 2010 et la scission de Woods Of Desolation, le bonhomme n'a donc pas chômé. En attendant de découvrir Divinity Through Un-Creation, premier signe de vie longue durée de Ill Omen, salons comme il se doit le successeur de In Memoriam, Ill Omen, implacable réussite à mettre à l'actif de cet art noir des antipodes. 

Forgé autour de longs titres, gravitant autour de sept minutes en moyenne, Depths ouvre les vannes d'une négativité grésillante, froide bien que toujours mélodique (témoin ce "Poisoner", titre où transparessent sans doute le plus les stigmates d'Austere et de Woods Of Desolation avec ces lignes entêtantes qui vrillent le cerveau).  Cette oeuvre exal(t)e la mort par tous les pores, propulsée par des blasts démoniaques, à l'image de ceux emportant le monumental "Choir Beyond The Blackened Sky" dans un torrent de noirceur abyssale et des riffs charriant un venin obscur. Hampes tendues et gonflées d'un stupre cendreux, les guitares de Desolate et Balam érigent un temple mortifère que flagelle un chant possédé. 

Suivant une trajectoire le conduisant peu à peu vers un abîme (forcément) funeste, Depths concentre dans sa première partie ses compositions les plus intenses et brutales, de l'acabit de "Lost Geists of The Sunlight Sphere", que fracture un break mémorable. Puis, à partir de "Shrine", à la lente et contemplative entame, la violence cède la place aux atmosphères et à un rythme souvent plus lugubre. "Putrid Earth", pulsation lancinante d'une tragique beauté que dessine une guitare ruisselante de désespoir, et plus encore le terminal dérelict éponyme, mortification de presque dix minutes à laquelle rien ne peut succèder, si ce n'est la grande faûcheuse elle-même, en constituent l'illustration la plus vénéneuse.

Gouffre tentaculaire aux couleurs charbonneuses, Depths est une très grande offrande d'un Black Metal typiquement australien dans son expression du genre et dont la noirceur insondable n'est jamais étouffée par les aplats mélodiques qui le strillent. 8.5/10 (La Horde Noire)



jeudi 24 novembre 2011

Ebonylake - In Swathes Of Brooding Light (2011)


Ebonylake devrait évoquer pas mal de souvenirs chez ceux qui ont vécu l'explosion commerciale du Black Metal à la fin des années 90 dans le sillage des efforts deCradle Of Filth, Dimmu Borgir, Emperor et Immortal, souvenirs attachés au défunt label Cacophonous et à un premier - et unique - opuscule, On The Eve Of The Grimly Inventive, oeuvre baroque chargée de ce spleen baudelerien tant convoité chez les Gothic et que la troupe britannique conjugait à un art noir plus tortueux que symphonique. 

Disparu depuis, quelle ne fut pas notre surprise de voir ressurgir des limbes ce groupe inventif. Désormais hébergé chez Les Acteurs de l'Ombre, modeste label dévolu au Black Metal dans ce qu'il a souvent de plus tordu et d'expérimental et le line-up circoncis au seul duo Mass et Ophelius, Ebonylakeécrit avec In Swathes Of Brooding Light un second chapitre à son histoire avec les couleurs noires du chaos le plus halluciné. Plus encore peut-être que son aîné de douze ans, l'offrande a quelque chose d'un labyrinthe incompréhensible où l'on perd très rapidement pied. Dès "And From The Seas The Sickening Things" en fait, maelström déjanté où s'écrasent chants hystériques, cassures multiples, lignes de cordes stridantes. Est-ce du Black Metal ? Du Metal gothic ? De la musique classique contemporaine ? Du bruit, peut-être ? Un peu de tout cela probablement. 

Malgré une identité bien définie, l'album se scinde en deux segments distincts. Inédit, le premier court du titre d'ouverture à "Licking At The Nesting's Of Young Fledings", pandémonium orgiaque difficile à suivre et dont seuls quelques éclairs salvateurs disséminés à intervalles irréguliers, comme durant "In The Swathes Of Brooding Light" et la piste fermant cette partie, qu'irriguent des déchirures vocales oscillant entre démence et beauté, offrent de fugaces balises. Pourtant après un début des plus chaotiques, le disque paraît vouloir dompter ce capharnaüm faussement désorganisé. 

A cet ensemble aux allures de kaléidoscope d'images aux confins de la folie, succèdent les quatre compositions de la démo originelle As Ghosts We Dance In Thrashing Seas, remasterisées pour l'occasion et qui, en dépit de leur ancienneté et de leur couleurs plus victoriennes, se fondent plutôt bien dans le coeur d'une oeuvre aux teintes pourtant modernes et cauchemardesques qui ne laissera personne indifférent, symphonie torturée réclamant nombre d'écoutes pour en goûter les charmes (?). 

Toujours à contre-courant, Ebonylake, tour à tour séduit, agace mais toujours rassure (si l'on peut dire) par une volonté intacte de ne pas être corseté par une quelconque mode. On The Eve Of The Grimly Inventive était en avance sur son temps. Il en est de même de son tardif successeur auquel il manque cependant ce charme sépulcral dans son lustre gothique dont était auréolé son aîné. 6.5/10 (Music Waves)



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