Hordes

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lundi 9 avril 2012

Autumn's Grey Solace - Eifelian (2011)


Entité aussi belle que précieuse, Autumn's Grey Solace voit le jour en Floride à l'aube des années 2000 autour du duo formé par la chanteuse Erin Welton, dont la séduisante plastique n'a d'égal que le talent et le muti-instrumentiste Scott Ferell. En 2002, est publié l'oeuvre séminale et matricielle d'une identité feutrée entre Darkwave et musique heavenly, Within The Dephts Of A Darknened Forest. Ayant par la suite rejoint le fameux label Projekt, dévolu aux arts sombres et gothiques, le groupe nous rend régulièrement visite. 

Quatre albums plus tard ainsi qu'une participation naturelle au tribute consacré à Dead Can Dance, The Lotus Eaters (2004), le couple offre à       Ablaze, un délicat successeur. Si vous ne le connaissez pas, Eifelian se révèle être l'idéale porte d'entrée à son univers, jardin secret où fleurissent de courtes pièces touchées par la grâce, d'une poésie réveuse et (forcément) éthérée, reposant sur une magnifique palette d'arrangements et d'une rythmique discrète, témoin l'atmosphérique "Archean Earth" qui, placé en ouverture, sonne comme une irrésistible invite à suivre ses auteurs. 

Echantement de tous les instants, bercé par cette voix cristalline et angélique, rarement on a entendu une musique aussi aérienne, légère comme une bulle d'air. Avec une touchante délicatesse de touche, Autumn's Grey Solace égrène une écriture limpide dont la sérénité hypnotique autorise pourtant une mélancolie diaphane, trait qui pourra accrocher ceux qu'effraie d'habitude ce genre de mélopées féminines. Et reconnaissons par ailleurs qu'un peu de calme peut parfois être agréable à écouter. 

Qui plus est, les Américains possèdent la capacité rare de ne jamais ennuyer, à tel point que l'on se surprend même à ne pas regretter un peu plus puissance chez ces compositions qui ne s'emballent à aucun moment, suivant une ligne précise faite de plénitude et d'ambiances aussi veloutées que parfois quasi spectrales, dont le pinceau demeure ce chant tellement fragile qu'il en devient insaisissable. 

Riche de quatorze respirations soignées tel un travail d'orfévrerie, trahissant par là-même le souci d'une écriture équilibrée, minutieuse qui animent ses créateurs, Eifelian est une oeuvre reposante et tranquille qui envoûte et s'impose peut-être comme une des plus belles réussites à mettre à l'actif du tandem qui semble être parvenu au fil des ans et des créations à une forme de pureté ainsi qu'à une maîtrise de la composition en tout point admirable. 7.5/10



lundi 2 avril 2012

Aun - Phantom Ghost (2011)


S'ils n'auront finalement effectué qu'une courte escale chez Cyclic Law, les rapports entre les Canadiens et Frédéric Arbour, le boss du label pré-cité, demeurent intacts, le second s'étant chargé du mastering de la nouvelle offrande du premier, laquelle scelle une alliance qu'on espère durable avec Denovali, structure toute aussi précieuse qui leur sied peut-être même mieux, eut égard à l'évolution de leur art, quittant peu à peu la terre de la pure Ambient pour acouster celle d'un Rock Drone spectral et presque intimiste. 

De fait, Phantom Gost pourra surprendre, surtout dans sa première partie : fragments d'un chant féminin vaporeux ("Out Of Mind"), atmosphères hypnotiques désenchantées aux confins de la trip hop ("Travellers") ou de l'electro qu'on dirait presque échappées des expériénces  les plus personnelles de Steven Wilson avec No-Man, la voix de Tim Bowness en moins, forcément, ou de Bass Communion ("Phantom" et ses nappes evanescente d'une tristesse voilée en témoigne). Le visuel fantomatique et lynchien, typique du style de Julie LeBlanc, participe du reste de cette parenté. 

De là à dire que Aun est en train de de venir un groupe trendy et accessible, il y a bien entendu un pas que nous ne franchirons pas... Tout à fait ! Alors oui, celui-ci n'a sans doute jamais sonné aussi éthérée, aussi impalpable même, mutation sonore cependant déjà préparée par Black Pyramid, mais on ne saurait se méprendre et confondre facilité mainstream et recherche artistique d'un art total où son et images fusionnent pour ériger un organisme qui se suffit à lui-même. 

D'ailleurs, la seconde partie de Phantom Ghost (ou sa face B pour ceux qui auraient la bonne idée d'en aquérir l'édition vinyle, comme toujours particulièrement soignée avec Denovali) s'enfonce , grâce à des plages plus étirées, dans une nasse cotoneuse où les repères s'effacent avec délicatesse. Pièce Ambient, "Light Years", procède par son dénuement et son admirable économie de moyens, de cette imatérialité qui confine à uen forme d'épure, tandis que "Ghost" ferme l'écoute sur une note aride et tout aussi minimaliste, lente élévation bercée par le ressac d'effluves Drone d'une sourde beauté. 

Plus contemplatif, Aun poursuit son exploration vers un Absolu dont la fréquence des sorties n'en grève pas la rare qualité. Où nous entrainera-t-il la fois prochaine ? Nul ne le sait mais cet avenir que l'on devine proche, s'annonce passionnant à vivre... 8/10

A lire : Black Pyramid (2010)



lundi 26 mars 2012

Asphyx / Hooded Menace - Split (2011)


Le maître et l'élève. Le père et le fils. Tels sont un peu les liens qui unissent les deux faces de ce split déjà culte avant sa sortie et forcément épuisé le jour même où Doomantia l'a mis en pré-commande (seulement) sur son site !  Cette réunion à même de faire bander un eunuque, tous les zombies du Death/Doom baveux en ont rêvé, des rêves humides baignant dans un sperme visqueux au gôut de sang et de chair putride attirant les mouches à merde. Entre un Asphyx revenu de terre depuis peu et un Hooded Menace qui pond des rondelles comme d'autres vont aux chiottes (au nombre de sept depuis 2008 !), cette douzaine minutes seraient à la hauteur de l'attente ? 

Principal risque d'une telle entreprise, une déception n'aurait été que plus facheuse. Autant l'annoncer tout de suite : il n'en est rien. Et si les deux protagonistes se tirent la bourre, un des deux l'emporte pourtant sur l'autre et ce n'est petu-être pas celui qu'on croit, puisqu'il s'agit... Des Hollandais, plus asphyxiens que jamais, dominé par le timbre comme frotté avec du papier de verre du grand (à tous les points de vue) Martin van Drunen qui crache ses boyaux avec une puissance de feu admirable. 

Véritable profession de foi, "We Doom You To Death" résume à  lui tout seul ce qu'est (ou devrait être) le Death/Doom : guitares telluriques  accordées plus bas que terre, riffs cendreux qui râclent la chair, tempo ultra pensant comme coulé dans le plomb le plus lourd, lignes obsédantes, le tout nageant à la surface d'une mer de cadavres en décomposition. Du grand art, tout simplement. En presque 7 minutes, les Bataves signent une de leur meilleures cartouches depuis leur résurrection. 

Une fois cette face A d'anthologie terminée, on se dit que les Finlandais n'auront pas la tâche facile. "Above Of The Grotesque" se pose lui aussi comme l'exemple même de cette patte boueuse dont les fils spirtuels d'Asphyx ont fait leur célébrité. Historiquement, ce titre est important en cela qu'il est (pour le moment) le dernier enregistrement où Lasse Pyykkö gueule dans le micro, poste qu'il a depuis laissé à un chanteur à part entière (Oula Kerkelä) depuis déjà remercié, le groupe retouvant début 2012 sa forme originelle d'un duo. Bref, Hooded Menace régurgite un titre monolithique, qui ne passe jamais la seconde, ni plus ni moins dans la lignée de ses grands frères émaillant le menu de Fullfill The Curse et Never Cross The Dead. Malgré tout, on a un peu l'impression que l'effet de surprise s'est envolé. Mais les aficionados ne seront pas déçus ! En un mot : culte ! 8/10

A lire : Asphyx - Death... The Brutal Way (2009)


lundi 19 mars 2012

Artesia - Wanderings (2011)


Environ tous les deux ans depuis 2003 et sa séminale démo L'éveil de l'âme, Artesia vient nous rendre une charmante petite visite, égrenant avec délicatesse une musique éthérée, qui ne s'interdit pas une certaine noirceur, dont les racines s'enfonçent dans  la forêt de Brocéliande, ses légendes et ses mythes. 

Nonobstant la qualité réelle de Chants d'Automne (2007) puis de Llydaw (2009), le projet emmené par la jolie Agathe pouvait toutefois donner l'impression de commencer à tourner en rond, figé un substrat Heavenly peinant à se renouveler. La présence de Loic Cellier (Belenos), à l'origine de petits intermèdes instrumentaux avaient permis à la dernière offrande d'y puiser un souffle bienvenue bien que trop timide. Wanderings serait-il une simple photocopie, aussi élégante et feutrée soit-elle ? 

Contre toute attente et alors que le duo également formé de la violoniste Gaëlle reste fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doite jamais, ce quatrième opus surprend agréablement. En puisant davantage son inspiration dans la cendre gothique et funéraire, le rapprochant alors des denières oeuvres de Dark Sanctuary ("Aerial"), Artesia a peut-êre un peu perdu une part de sa personnalité ce qu'il a gagné en ténébreuse beauté. 

Les influences celtiques demeurent, comme l'illustre le très bel instrumental "The Gaels" mais son idendité féérique et terreuse y fusionne avec des orchestrations mortuaires d'une funeste gravité. On peut affirmer sans crainte que le choix de collaborer cette fois-ci avec Jean-Charles Wintrebert de Demian Clav (également signé chez Prikosnovénie) fut très certainement judicieux, ce dernier s'articulant comme la pièce manquante de cette précieuse entité. 

Jamais la musique d'Artesia n'a sonné avec autant de tristesse (à l'image du déchirant dernier titre), quand bien même une mélancolie diaphane l'a toujours nimbé de sa brume hivernale. Chant spectral, piano tragique et lignes de violon dramatique esquissent une symphonie profondément désenchanté mais belle comme une forêt en automne.  Jamais également Agathe n'a semblé aussi inspiré, couchant de sombres mélopées. Bien qu'homogène, Wanderings est composé de pièces qui cette fois-ci se distinguent les unes des autres, corrigeant ainsi le principal défaut grevant quelque peu ses aînés. 

Ce faisant, il est permis d'affirmer qu'Artesia livre sans doute son meilleur essai à ce jour, comme s'il avait enfin trouver enfin l'équilibre qui lui manquait. Une réussite. 7.5/10



lundi 12 mars 2012

Profetus - ... To Open The Passages In Dusk (2012)


Que possède la Finlande que les autres pays n’ont pas ? De longues nuit hivernales ? Une substance mystérieuse dans l’eau des lacs qui en trouent le paysage ? Une tendance à la dépression plus prononcée qu’ailleurs ? On ne sait. Tout ça pour dire que le Funeral Doom est un peu à cette terre boréale coincée entre la Suède et la Russie, ce que le Black Metal est à la Norvège : une sorte de spécialité nationale. Cela a débuté très tôt avec Thergothon et Unholy au début des années 90, deux entités qui ont durablement fixé le credo de cette religion doloriste poussant à son paroxysme l’art de la contrition avant de poursuivre avec les œuvres quintessentielles de Shape Of Despair et Tyranny. 

Et si depuis, la chapelle peine à  renouveler ses membres, les pères fondateurs du mouvement ayant tous cessé ou mis en sommeil leur profession de foi, la Finlande reste un creuset intarissable, habritant nombre de groupuscules suicidaires jamais avares en spleen. Profetus est l’un d’eux. Découvert en 2009 avec une pierre (tombale), nommée Coronation Of The Black Sun, nous avions été tout étonnés d’y retrouver un ancien (éphémère) membre d’Horna (A. Mäkinen) à des années-lumière de la bestialité de son précédent employeur. 

Etant depuis sans nouvelle d’un projet qui nous avait pourtant fait bonne impression, nous pensions que celui-ci allaient enrichir le bataillon des ces "one shot" auteurs d’un seul opus et puis s’en va. C’est donc avec des frissons partout en songeant aux promesses suintant le désespoir que l’on devine déjà tapies derrière son nom que nous accueillons ...To Open The Passage In Dusk. Du haut de ses quatre complaintes aux contours flous, semblant n’en composer qu’une seule et unique de plus d’une heure étouffante et pétrifiée, qui oscillent entre douze et dix-sept minutes, cet opus se mérite ; parvenir au bout de cet interminable chemin de croix tient presque du supplice. 

Le rythme (ou plutôt son absence) se veut tellement lent que parler de Doom à son encontre paraît presque absurde. Le batteur a le temps d’aller pisser entre deux coups de caisse claire, une voix lointaine égrène des gargouillis imcompréhensibles tandis que les guitares s’effaçent au profit de nappes de claviers funéraires aux accents liturgiques qui tapissent l’intérieur de cette caverne obscure d’une vaporeuse couche sédimentaire. D’une monotonie absolue, géniale ou chiante comme un dimanche de pluie, c’est selon, ...To Open The Passages In Dusk a quelque chose d’un passage d’un monde à l’autre, de la vie à la mort, il est un chemin long et sinueux vers le Styx, destination terminale de "Burn, Lantern Of Eve", ultime marche qui s’enfonce dans une nuit éternelle. Ni lumière ni accélération ni espoir, rien que le noir. Ces monolithes vous engourdissent mais de leur surface ruissèle une beauté ténébreuse qui confine à l’envoûtement. 

Nous tenons là très certainement ce que le Funeral Doom finlandais nous a offert de plus abouti entendu depuis très très longtemps, œuvre somme d’un mouvement exigeant et dans son genre l’un des plus extrêmes qui existe. 8/10 (La Horde Noire)



lundi 5 mars 2012

Drudkh - Eternal Turn Of The Wheel (2012)


La situation que connaît aujourd'hui Drudkh, devenu en l'espace de quelques années, une véritable référence au sein du landerneau noir et atmosphérique, donnant ainsi le branle à une kyrielle de suiveurs plus ou moins inspirés, est pour le moins paradoxale. Alors que le groupe n'a sans doute jamais aussi bien joué, celui-ci peine pourtant à retrouver la réussite de ses offrandes séminales et notamment de Forgotten Legends dont on se rend compte maintenant qu'il n'est sans doute jamais parvenu à le surpasser depuis. La technique employée à ses débuts était plutôt rudimentaire mais ces albums tentaient - et réussissaient ! - avant tout à capturer des vibrations, un feeling sinistre et la beauté des forêts ukrainiennes lorsque celles-ci sont incendiées par l'automne. Avec seulement quelques notes minimalistes, Roman Saenko faisait jaillir une tristesse infinie, sentiment qui a toujours réclamé sincérité plus que virtuosité. Le constat est d'ailleurs le même, dans un genre différent, avec Anathema qui suintait à ses débuts un désespoir qu'il est désormais incapable de restranscrire. 

Tout cela pour dire qu'il est de bon ton, entre l'injustement méprisé Tales Of Wanderings de Old Silver Key  et la doublette Microcosmos/Handful Of Stars, de jeter l'oprobe sur un Saenko auquel on reproche l'effrené stakhanovisme, hyper productivité qu'on lui a pourtant toujours connu, même au temps du vénéré Hate Forest. L'homme devrait peut-être, il est vrai, prendre plus de temps entre deux albums. C'est la première impression qui s'impose à l'écoute de Eternal Turn Of The Wheel, annoncé par les Ukrainiens eux-même comme un retour aux sources après un dernier opus aux (timides) véleités évolutives qui ne furent pas - à tort d'ailleurs - du goût de tous. 

Encore une fois, l'oeuvre défile très vite, n'atteignant même pas la quarantaine de minutes, selon les habitudes du groupe. Encore une fois, celui-ci nous (re)sert un prologue instrumental "Eternal Circle" qui, égrené par une guitare squelettique, tient moins de l'accessoire que prévu. Puis déboule le long "Breath Of Cold Black Soil" où l'inamovible Thurios crache sa haine avec sa puissance coutumière. Ce qui s'impose certainement comme le meilleur titre du lot avec sa seconde partie plus lancinante et ses cassures, renoue effectivement avec le Black Metal épique vibrant de cette slavité sur laquelle s'est très tôt bâtie Drudkh tandis que les guitares grésillantes grattant la terre ocre renvoient au sombre Blood In Our Wells. Dommage que le groupe se soit senti obligé d'y glisser quelques nappes de claviers qui ne justifiaient pas. "When Gods Leave Their Emerald Halls se nourrit du même humus rapide mais est tavelé d'une influence plus dépressive que dessinent de lointains hurlements. Un bon titre, en-deça toutefois de son prédécesseur. En tout cas, ces deux traversées épiques sont à même de rassurer la vieille garde.

A partir de "Farewell To Autumn's Sorrowful Birds", Eternal Turn Of The Wheel adopte un tempo plus lent, plus mélodiques aussi, où les couches synthétiques dominent.. Un peu trop. Malheureusement, quand bien même cette troisième piste voit son pouls s'emballer en milieu de parcours. On lui préfèrera "Night Woman Of Snow, Winds And Grey-Haired Stars" où, étonnement, les lignes de basse de Krechet gronde. Ce morceau, qui aurait pû figurer sur Handful Of Stars, témoigne que Drudkh n'a en réalité pas vraiment renoncé à progresser, équilibre précaire entre le réveil d'un majestueux passé et une envie d'évoluer que cette neuvième offrande tente d'atteindre. 

Réussira-t-elle à réconcilier les fans de la première heure des Ukrainiens regrettant  une tendance soit à tourner en rond (Estrangement, Microcosmos) soit à s'éloigner quelque peu du terreau originel ? Rien n'est moins sûr. Eternal Turn Of The Wheel demeure certainement un bon album comme Drudkh sait toujours en fabriquer mais la beauté séculaire et un peu austère qui nimbait autrefois Forgotten Legends semble toutefois s'être évaporée à tout jamais. Mais, faussement simple, se nichent en lui beaucoup de richesses que seules de nombreuses écoutes peuvent mettre à jour. Reste que, en dépit de ses qualités, dont le retour à une forme de haine n'est pas la moindre, on a néanmoins le sentiment d'être passé à côté d'un plus grand disque encore... 7.5/10 (La Horde Noire)



lundi 20 février 2012

Doris Norton - Raptus (1981 - 2011)


Si le premier nom qui vient à l'esprit en évoquant Antonius Rex et son faux frère jumeau Jacula, est celui de son guitariste et âme noire Antonio Bartoccetti, on ne saurait pour autant minimiser le rôle ainsi que le talent de sa fidèle complice, Doris Norton. Sorte de version féminine et italienne de Klaus Schulze, la belle s'est lancée dans une hallucinante carrière solo à partir de 1980, se posant en pionnière de la musique électronique assistée par ordinateur, allant jusqu'à se faire sponsoriser par Apple (?) et à devenir consultante pour IBM ! 

De fait, toute son oeuvre est bâtie autour d'une recherche, d'une exploration du son informatisé, passion obsessionelle qui trouve sa plus parfaite représentation avec ces clichés où la jeune femme trône au milieu de synthétiseurs et d'ordinateurs. Un peu comme Schulze à la même époque, celle de la trilogie Dig It/Trancefer/Audendity. Et si elle ne possède pas le génie visionnaire et la démesure du teuton, des travaux tels quePersonal Computer (1984) ou Automatic Feeling (1986) dévoilent une véritable artiste car elle y développe un univers aussi personnel que cohérent dans sa démarche. 

Faisant peau neuve pour son trente et unième anniversaire grâce au label Black Widow, Raptus est son troisième album en solitaire, après Under Ground (1980) et Parapsycho (1981). Court opus ou long EP de moins d'une demie heure, il témoigne à merveille de cette quête visant à utiliser l'ordinateur quasiment comme un instrument à part entière. Avec son déluge de nappes électroniques et de sons analogiques, les mauvaises langues argueront - à tort ou à raison - que Raptus a mal vieilli, un peu à l'instar des albums de Schulze cités plus haut, qui restent, il est, vraimoins intemporels que leurs aînés des années 70. 

Mais cela n'empêche pas ces cinq pistes (seulement) de se révéler passionnantes de bout en bout, majoritairement instrumentales et pilotées par une Doris Norton en état de grâce. Inspirée par sa muse informatique, elle tricote un maillage souvent hypnotique, répétitif, annoncant en cela la vague Techno Trance qu'elle contribuera plus tard à développer, auquel viennent se greffer la guitare singulière d'Antonio Bartoccetti ("Drugraptus") ou une batterie synthétique taillée pour les dancefloors ("Erosraptus"). Toujours dynamique, le programme défile très vite, depuis le gigantesque "Psychoraptus" que rythme la voie extra-terrarestre de la maîtresse des lieux jusqu'au planant "Doris Norton Lab", moins rapide que ses prédécesseurs dégorgeant d'effluves torrentielles de minimoogs.

Cette reine de la scène progressive italienne mérite ne pas être oubliée. Quoi de mieux pour cela et pour lui rendre l'hommage justifié que de (re)découvrir ce Raptus étincelant dont on ne remerciera jamais assez Black Widow de l'avoir dépoussiéré... 8.5/10 (Music Waves)



lundi 13 février 2012

Kells - Anachromie (2012)


Girl Power. On ne saurait trouver meilleur slogan pour qualifier ce mouvement protéiforme qui voit les femmes peu à peu prendre le pouvoir – c’est très bien ainsi - au sein d’une scène metal pendant longtemps demeurée inféodée à la seule gent masculine, quand bien même une Doro, pour ne citer qu’elle, n’a jamais eu à rougir de la comparaison avec ses homologues couillus. Ces nanas ne sont ni des poupées barbies ni de vulgaires Castafiore du dimanche sans pour autant effacer une féminité souvent personnelle, énervée sinon énergique. 

Une fois n’est pas coutume, la France n’est pas à la remorque de cette (r)évolution, depuis le succès – mérité - rencontré parEths, faisant de Candice sa chanteuse, quasiment le porte étendard d’une génération autant nourri au grain de l’extrême qu’au nu Metal. Alors qu’il diffère de son ainé sur bien des points, Kells est vu comme creusant un sillon identique, impression que la présence de Candice le temps du titre "La sphère" figurant sur son deuxième album, a pu contribuer à cultiver. Fondé à Lyon en 2001 autour du triangle constitué de Virginie Goncalves (chant), Patrick Garcia (guitare) et de Fabrice Desire (clavier), le collectif arborre un corps gainé de Metal symphonique dont il a partagé la scène avec certaines de ses têtes de gondoles telles que After Forever ou Epica, que recouvre un corset lourd et moderne tissé de gros riffs à l’américaine riches en matière grasse. 

Plus que Gaia en 2005, c’est son successeur baptisé Lueurs qui nous a dévoilé les nombreux charmes d’une formation dont le nom d’inspiration celtique ne reflète en rien une musique solidement ancrée dans la réalité. Avec Anachromie, Kells a mis toutes les chances de son côté : une promotion via les réseaux sociaux active, mastering dans l'antre du mythique Sterling Sound sous la houlette de Ted Jansen, le soutien du puissant Season Of Mist qui jusque là ne s’était contenté que de distribuer l’effort précédent et une édition luxueuse sous la forme d’un double digipack enrichi d’un DVD. Comme les grands donc. 

Gageons d’ailleurs que grands, les Lyonnais ne devraient plus tarder à le devenir. En constante progression depuis leurs débuts il y a (déjà) dix ans, ils en ont les moyens. Et les qualités. Parmi lesquelles il faut à tout prix souligner une maîtrise du canevas mélodique et du refrain qui fait mouche, à l’origine de compositions qui savent toujours accrocher dès les premières mesures. En ouverture, "Bleu" étale ce savoir-faire cependant que d’autres recourent avec bonheur à ses arrangements délicatement orchestraux ("L’écho") ou arabisant ("Illusion d’une aire"). Du mélancolique "L’heure que le temps va figer" à l’introduction gothique et obsédante de "Quelque part", en passant par le crépusculaire "Le manège déchanté", le groupe a soigné les atmosphères plus riches que sur les deux précédents opus. 

Enfin, Kells ne serait bien entendu pas ce qu’il est sans la pierre précieuse qui lui sert de vitrine vocale. Oscillant (en français !) entre plusieurs registres, trempant sa voix dans une palette de couleurs variée, chatte doucereuse voire presque enfantine (l’excellent "Cristal") ou tigresse hurlante ("Se taire") quand elle ne saute pas franchement d’une tessiture à l’autre au sein d’un même morceau, comme elle le fait par exemple sur "Emmurés", rappelant alors un peu la généreuse Maria Brink (In This Moment). Anecdotique, la présence (heureusement) parcimonieuse d’un organe masculin, devra par contre le rester, comme l’illustre « Nuances » où le chant de truc ne paraissait vraiment pas nécessaire. 

A l’arrivée, on ne voit pas trop ce qui pourrait empêcher Kells de goûter à un plus large succès O combien mérité. Un disque solide et personnel, l'appui d'un label de choix, il ne reste plus qu'aux médias et au public de le suivre. L'album de la confirmation. 7.5/10 (Music Waves)



lundi 6 février 2012

Mondrian Oak - Aeon (2012)


Le genre a été ces dernières années tellement siphonné, tellement vidé de sa substance, ainsi que de sa puissance et de sa beauté, par une kyrielle de traine-savates se contentant d’appuyer sur le bouton "marche" du photocopieur, que la méfiance est de mise lorsque qu’un groupe estampillé Post Metal pointe le bout de ses guitares. A fortiori quand est accolé à l’étiquette tant redoutée le vocable "instrumental". Encore un triste clone de Pelican ou de Russian Circles, se dit-on, souvent à raison.

C’est donc sans trop y croire, malgré ou à cause d’un premier album (Through Early Seed) que, reconnaissons-le, nous n’avons pas eu la chance d’écouter, que l’on commence l’écoute de Aeon, seconde offrande donc, de Mondrian Oak. Ils pourraient être Américains, Australiens ou même Français mais sont italiens, ces musiciens qui, inutile de tourner autour du pot plus longtemps, vont peut-être bien réussir à nous réconclier avec ce style où le médiocre le dispute trop avec la grâce. 

Mais qu’a-t-il de plus cet album, que d'autres non pas ? Peu et beaucoup à la fois en fait. Peu car Aeon prend soin d’aligner comme des pinces à linges sur un fil la plupart des identifiants de l’instrumental Post Machin chose. Compositions fleuves, progression, riffs lourds, paysages sonores où se conjuguent respirations atmosphériques et  puissantes envolées forment le substrat lessivé par les vents que d’autres disques avant lui ont fait souffler. 

Mais là où trop de puceaux du son sans imaginations ne savent pas comment dépasser et encore moins transcender cette poignée d’invariants immuables, Mondrian Oak fait déjà montre d’une personnalité extrêmement affirmée dans la manière de couler son art dans les hauts fourneaux du Doom le plus terreux, chapelle avec laquelle il partage une même douleur désespérée, comme le démontre à grands coups de guitares corsées d’une gangue de tristesse et de glaise, la troisième piste de ce qui est conçu comme un bloc anonyme et indivisible, influence déterminante d’une musique dont on a l’impression qu’elle reste toujours accrochée au sol. 

Pourtant, aussi paradoxale que cela puisse paraître eu égard à cette gravité terrestre, il y a là un sens de l’espace et une manière de remplir celui-ci  tout à fait étonnant. Du haut de ses douze minutes au jus et propulsée par des rouleaux de batterie se fracassant contre une falaise de guitare déchirante de beauté, le titre l'avant-dernier morceau illustre cette constante ambilalence entre l'air et la terre. 

Mondrian Oak signe donc un grand disque de Post Doom astral ouvert sur l'Absolu. Superbe. 8/10 (La Horde Noire)







lundi 30 janvier 2012

Omit - Repose (2011)

Souvenez-vous, c'était en 2005, Skumring offrait ce qui reste encore à ce jour le seul témoignage de son existence, le douloureux De Glemte Tider. Chantre d'un Doom atmosphérique repoussant à son paroxysme l'art de la lenteur tragique, il nous avait permis de découvrir une chanteuse exceptionnelle, Cecilie Langlie dont la voix aussi envoûtante que fantômatique entraînait l'oeuvre à travers un chemin forestier nappé de brouillard. Et depuis, plus rien. Malheureusement. 

Mais si les Norvégiens semblaient s'être endormis dans le permafrost, l'actualité de la belle s'emballe enfin de nouveau aujourd'hui après plusieurs années de silence, seulement interrompues par le premier album éponyme de Vagrant God, dont on aurait bien aimé entendre au moins quelques notes. En attendant la ressortie - enfin ! - de celui-ci et le retour d'Havnatt, dont la récente participation à la précieuse compilation Whom The Moon The Nightsong Sings résonne comme un bruissement annonciateur d'un futur album, c'est Omit qui nous permet de la retrouver, le charme et la puissance d'évocation vocale intacts, soit le troisième côté d'un triangle dont le coeur repose sur le duo que la jeune femme forme avec Tom Simonsen, son compagnon depuis Mandylion et secondé par Kjetil Ottersen, ancien guitariste de Fallen (auquel la blonde participa à ses débuts) et deFuneral, tous les trois également aux commandes du nouveau label Secret Quaters. C'est donc à toute une famille de musiciens que cimente un amour du Doom à laquelle nous avons affaire, un Doom qui conjugue toujours romantisme et lenteur extrême. 


Attendu comme un messie tragique, Repose se mérite, se déployant par le biais de cinq complaintes dont la répartition à travers deux disques témoignent d'une durée qui ne descent jamais en-dessous de la barre des 14 minutes, la palme revenant à la dernière d'entre elle, "Insolence" qui tutoie la demie-heure. Drapée dans un délicieux suaire mélancolique, cette offrande est une cathédrale de tristesse infinie, témoin d'une faute que l'on ne peut pardonner. Oeuvre d'une poésie austère, elle sécrète cette glaciale beauté propre aux groupes norvégiens en même temps qu'elle capte les vibrations de ces paysages figées par l'hiver, où le temps semble s'être arrêté. 


Parler de lenteur tient en fait presque de l'euphémisme tant ces cinq compositions ne parviennent jamais à s'extraire d'une gangue dont elles demeureront prisonnières à jamais. Et sans aller aussi loin dans ce registre que De Glemte Tider (ce qui parait du reste presque impossible), Repose épouse la trajectoire d'un interminable chemin de croix, baignant dans une pale lumière, chaque titre étant un acte de contrition. Tout est mis en oeuvre pour nous engourdir, pour ralentir un tempo qui jamais ne s'emballe ou s'accélère. Jamais. Le paroxysme étant atteint avec le terminal "Insolence" qui redonne tout son sens au Doom, lente respiration mortuaire après laquelle il ne peut rien y avoir, si ce n'est la mort elle même. 


Soulignée par des guitares qui tissent une toile aux couleurs tristes ainsi que par des lignes de violons séches, il y a la voix de Cécilie, véritable vigie perçant la brume et guidant l'auditeur égaré jusqu'à une destination que l'on devine (forcément) funeste. Quelle voix, mon dieu, magique et frissonnante, clé d'un édifice qu'elle voile d'un linceul d'émotions tragiques. 


Chargé de spleen, Repose porte bien son nom, offrande aux froides couleurs automnales et magnifique dans sa lancinance désespérée, qui vient effacer de (trop) longues années d'attente.  8.5/10 (Music Waves)



lundi 16 janvier 2012

Mhönos - Humiliati (2011)


Plus que Miserere Nostri, son premier office, ce sont bien ses cérémonies en public, parfois devant seulement une (trop) petite dizaine de personnes, en comptant large, comme ce fut le cas en ouverture de Danishmendt à Paris, qui ont fixé la personnalité tant sonore que visuelle de Mhönos et sa bande de prêtres à l'identité encapuchonnée. En tentant de capturer les vibrations proches d'une transe hypnotique que celle-ci délivre lors de ces messes étouffées par la brûme, Humiliati, sa seconde prêche, le démontre, dont les allures de rituel sont plus marquées encore que sur sa devancière. A l'origine accessoire liturgique et solitaire de Frater Stéphane (que les fidèles du regretté Hyadningar connaissent bien), l'entité est rapidement devenue une confrérie à part entière capable de performances où fusionnent Black Metal incantatoire et Drone mortuaire. Le projet y a beaucoup gagné. 

Scindé en trois longs - voire franchement interminables - psaumes, Humiliati est donc au confluent de Miserere Nostri et du "Live" - terme maladroit s'il en est - édité de manière artisanale et confidentielle, Rotomagus Ritualis qu'il surpasse néanmoins, oeuvre organique à la dimension religieuse qui se mérite, à laquelle on adhère ou que l'on rejette en bloc. Seuls les flagellants et les pénitants les plus dévoués réussiront à franchir les épreuves qu'elle arbite. 

Car il en faut de la dévotion pour parvenir au bout des trente quatre minutes que dure "Alveus Terra", première des trois plaintes, la plus proche des happenings sonores offerts par les musiciens et porte d'entrée aride dans sa lenteur rituelle où rien ne semble se passer hormis les roulements d'une batterie fantomatique auxquels viennent peu à peu se greffer des psalmodies incantatoires. Une fois traversé ce chemin de croix, la récompense commence ensuite peu à peu à fendre le brouillard qui drape Humiliati tel un suaire. Manière de pause en même temps que passerelle entre les deux longs caveaux creusant de leur cavité morbide l'album, "Ex-Nihilo... Ad Nihilum" a quelque chose d'une lente pulsation Ambient qui tel un venin s'insinue dans les veines, enténèbrée par un chant abyssal d'une pronfondeur tellurique aux accents shamaniques. 

S'il parait de prime abord être la partie la plus accessible (tout est relatif) de ce retable en trois pans, fort de son attaque nerveuse en ouverture sous la forme d'un frottis de cordes sur fond de rouleaux rythmiques, "Mortificare" épouse en fait les couloirs aussi tortueux que tentaculaires d'un labyrinthe suffoccant que percent les cris de Necropiss de The Arrival Of Satan. Après une morbide déambulation au-dessus d'un gouffre qui voit Mhönos tricoter des instants comme figés, engourdis, la plainte s'enfonce ensuite progressivement au fond des arcanes d'un cauchemar sans fin aux portes du Black Metal suicidaire, un art noir gangrené par la folie  et qui aurait copulé avec le Drone le plus sinistre. 

Nonobstant les qualités de son prédécesseur, on a vraiment l'impression qu'avec Humiliati, longue mortification de plus d'une heure, ode à la mort et au néant, Mhönos a trouvé sa voie, église invertie d'un absolu nihilisme, à la fois plus personnelle et plus aboutie. 8/10 (La Horde Noire)




lundi 9 janvier 2012

Orange Goblin - A Eulogy For The Damned (2012)

Il y a une bonne douzaine d'année, les média Metal ne juraient que par le Stoner, selon eux ce qui était arrivé de mieux au genre depuis... Très longtemps. Votre serviteur se souvient ainsi du dossier spécial concocté par le principal canard de l'époque, dans lequel Monster Magnet,Cathedral, Spiritual Beggars ou Fu Manchu se tiraient la bourre sur fond d'esthétique seventies et de paysages sentant bon le désert américain, les vans, les filles dénudées et les motos. Bien qu'il a en toujours un des piliers, Orange Golbin s'est toujours un peu différencié des autres têtes de gondoles du Stoner Rock. Son origine géographique - l'Angleterre - n'est sans doute pas étrangère à cette singularité, ses références étant de fait plus à rechercher du côté de la NWOBHM et plus encore de Motörhead que de Kyuss, celui que l'on considère comme un des pionniers du genre. 

Après une fameuse triplette d'albums vidangée entre 1997 et 2000 (Frequencies from Planet Ten, Time Travelling Blues et The Big Black) qui ont défini sa rugueuse identité au relent de gambouis et de psydélisme, la bande à Ben Ward a malheureusement suivi le déclin de cette scène. Les opus suivants n'ont pas fait autant parlé d'eux, déjà oublié, le dernier d'entre eux, Healing Through Fire, étant même sorti il y a presque cinq ans dans l'indifférence générale. Le fait que le groupe ait alors quitté l'écurie Rise Above (dirigée par Lee Dorrian de Cathedral, rappellons-le) où il était pourtant confortablement installé depuis ses débuts, peut expliquer en partie expliquer cette érosion commerciale, mais pas seulement. 

Nous en étions donc là avec Orange Goblin dont on ne pensait plus vraiment retouver au sommet. La surprise n'en est que plus grande. Ayant sans doute fait une overdose (bienvenue) de Viagra, les Rosbifs reviennent en force avec ce A Eulogy For The Damned que nous n'attendions donc plus. Peut-être revigoré par la récente signature avec le puissant Candlelight, ils accouchent ni plus ni moins de le meilleur album depuis, au moins The Big Black ! Moins Stoner, plus Heavy, à l'image du pachydermique "Death Of Aquarius" (que fissure des accords grésillsants presque Black Metal) ou du puissant "Red Tide Rising" qui, en ouverture et en l'espace de cinq petites minutes, balaye d'un revers de guitare épaisse, des (trop) longues années en demi teintes. Tout simplement plus inspirée, cette septième galette est un pur concentré de grand Rock graisseux. 

Les hymnes défilent ("Stand For Something", "Acid Trial" : ils sont tellement nombreux que l'on ne peut les citer) jusqu'au grandiose et terminal morceau éponyme, soit plus de sept minutes épiques et jouissives où la guitare de l'injustement méconnu Joe Hoare nourrie au pur Hard Rock des guitar-heroes des années 70 brille de mille feux. Rien à jeter en définitive et quel plaisir de retrouver Orange Goblin à un tel niveau de réussite et d'inspiration. L'année 2012 commence fort... 8/10 (Music Waves)



lundi 2 janvier 2012

Tracer - Spaces In Between (2011)


Une question pour commencer : que possède la terre australienne pour faire régulièrement pousser de très grands groupes de (Hard) Rock ? Sans remonter aux pères fondateurs AC/DC, Rose Tatoo ou The Angels, reconnaissez que, de Wolfmother à Airbourne, la liste impressionne ! Liste que vient aujourd’hui compléter Tracer. 

Enfin, aujourd’hui n’est peut-être pas le mot qui convient, le sujet de cette chronique, qui se déleste certes avec Spaces In Between de sa première rondelle diffusée à grande échelle, n’en a pas moins été remarqué depuis quelques années déjà. Né officiellement en 2004 autour des deux frères Brown et du batteur Andre Wise, un power-trio donc comme le veut la grande tradition du genre, Tracer a réellement démarré à répandre son nom avec L.A. ?, galop d’essai qui ne faisait que commencer à déflorer un talent que l’on devinait déjà des plus prometteurs. Son très attendu successeur est donc une sorte de confirmation. 

Stoner, Classic Rock, Blues rock, Hard Rock, appelez-ça comme vous voulez. Mais une chose est sûr, dressant une inspiration insolente, Spaces In Between s’impose d’emblée comme un superbe album de Rock tout court. Il ne manquera sans doute pas quelques mauvaises langues pour arguer que les Australiens, avec leurs belles gueules, ne font finalement qu’exploiter, trop sagement qui plus est, le filon de l’authentique et du revival seventies à la mode ces derniers temps, et ce n'est pas faux... Mais le fait est qu’on s’en moque pas mal, tant les mecs honorent avec classe et brio un cahier des charges certes éprouvé, néanmoins efficace et séduisant et font montre d’une belle écriture. 

C'est ainsi qu'ils nous congratulent d'une bonne brochette de titres tous plus imparables les uns que les autres, gonflés d’un feeling déclicieusement bluesy nous rappellant les brulôts vidangés par Mountain à l’aube des années 70. D’ailleurs, les riffs parfois graisseux de Michael Brown ne sont pas si éloignés que cela de ceux Leslie West ("Push"), avec lequel il ne partage en revanche pas la voix imbibée de Whisky, l’homme adoptant un timbre bien moins sale, hormis le temps du bien nommé "Louder Than This", bouillonant d’une énergie crasseuse. 

Il ne faut guère plus que les quatre minutes de "Too Much", hymne puissant et immédiat en ouverture, enrobé d'un son assez sale, pour que Tracer mette l’auditeur dans sa poche. La suite est du même tonneau. "Walk Alone" et sa rythmique rablée, "Devil Ride", "The Bitch" et son tempo à la "No One Knows" de Queens Of The Stone Age qui donne envie d’avaler les kilomètres à bord d’une cylindrée nerveuse, le feutré "Voice In The Rain", le grandiose "Spaces In Between", titre lourd aux ambiances zeppeliniennes et qu’enjambe un pont instrumental au souffle épique et émotionnel ou le final "Won't Let Die" se succèdent, balisant un ensemble en tout point irrésistible.

Douze pistes, douze perles qu’aucune baisse de régime ne vient enrayer la solide mécanique, qu’aucun défaut en vient perturber une tenue de route impeccable. Tout y est : les compos, l’interprétation, la prise de son. La classe. Que souhaiter d’autre à ce groupe qu’un succès amplement mérité qui franchirait les frontières de cette terre des antipodes décidément toujours riche en sensations électriques ? Une Révélation ? Oui, pourquoi pas ! 8/10 (Music Waves)






lundi 19 décembre 2011

Black Country Communion - 2 (2011)


Est-il besoin de rappeler que Black Country Communion agglomère les talents de Glenn Hughes chanteur et bassiste de légende et accessoirement ancien Deep Purple, de Joe Bonamassa, un des meilleurs guitariste de Blues Rock apparu ces dernères années, du claviériste Dererk Sherinian (ex Dream Theater) et du fils de John Bonham, Jason, derrrière les fûts ? Sans doute que non, les amateurs de (très) grand Hard Rock à l'ancienne mais néanmoins moderne, n'étant pas passé à côté d'un premier album éponyme du feu de dieu. 

Moins d'un an après ce baptème de l'air, le super-groupe remet déjà le couvert et ce, pour notre plus grand plaisir, quand bien même l'effet de surprise s'est forcément dillué dans une recette certes éprouvée, alternance de brûlots péchus, de ballades gigantesques de feeling et morceaux de bravoure zeppelinien. Qu'importe car l'inspiration est encore au rendez-vous. C'est bien simple, si Deep Purple fait encore de la bonne musique, il ressemblerait fortement à Black Country Communion qui vient d'aligner deux opus que le dinosaure anglais rêverait de pouvoir enfanter, ce qu'il n'est malhereusement plus capable de faire. 

Toujours propulsé par la production de Kevin Shirley, le quatuor se déleste de onze compositions dont certaines font plus qu'atteindre le point G. Parmi celles-ci, se trouvent bien entendu les morceaux les plus ambiancés, registre toute en progression qui lui sied à merveille. Comment ne pas ressentir des frissons à l'écoute de l'immense "Save Me", sorte de croisement fantasmé entre le Purple Mark III et Led Zeppelin ? Rythmique titanesque, chant absolument divin du Glenn, toujours aussi inspiré et puissant, solo enfiévré de Bonamassa, volutes orientales, tout y est, la classe, le métier. Tout. Citons aussi "Faithless", plus court mais aussi flamboyant sans oublier la vraie power-ballad garymoorienne "Little Secret", délicieusement bluesy et ruisselante de feeling et le déchirant "Cold". 

Si Hughes se taille la part du lion, son compère guitariste n'est pas en reste, faisant montre d'un talent de chanteur tout à fait digne d'éloge. "An Ordinary Son" (dont il partage les lignes vocales avec le bassiste) et plus encore "The Battle For Hadrian'sWall", recouvrent de son inspiration le Dirigeable, muse dont la frappe lourde de Bonham fils évoque forcément, témoignent d'un talent complet qui ne cesse de se bonifier et d'être (enfin) découvert par le plus grand nombre. 

Pour  terminer cet état des lieux, saluons également la performance de Sherinian, qui retrouve la fulgurances jouissives de Jon Lord et de John Paul Jones et qui démontre, ce faisant, quel excellent technicien il peut être lorsqu'il se fond dans un vrai groupe. Qu'ajouter de plus si ce n'est que ce deuxième opus, qu'aucune faiblesse ne vient en exonérer l'enthousiasme qui'il propage, est presque aussi bon que le galop d'essai. Si les plus exigeants argueront que les titres les plus efficaces ("The Outsider", "I Can See Your Spirit"...) se font facilement phagocyter par les perles plus épiques, cette (très) relative réserve ne saurait faire le poids face à l'avalanche de points positifs qui font de cet album un must absolu dont on voit mal à l'heure actuelle qui pourrait lui ravir le trône du Hard Rock. 

Reste à savoir combien de temps ce super groupe existera, chacun de ses composants, que l'on songe à Purple, HTP ou Dream Theater, n'ayant jamais vraiment réussi à demeurer durablement dans une dynamique collective.... 8.5/10



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