Une simple cassette au
livret - c'est un bien grand mot - minimaliste où ne figurent que les six
pistes qu'elle donne à découvrir, une identité sur laquelle on ne sait à peu
près rien, si ce n'est que Defixiones nous vient d'Italie et derrière lequel on
devine sans peine une gargouille éprise de solitude. Voilà. Privé des repères
habituels, il ne reste donc plus que la musique à laquelle se raccrocher. Mais
quelle musique ! Alors qu'on pensait peu ou proue avoir tout entendu en terme
de Black Metal suicidaire volontairement rudimentaire, arrive entre nos
oreilles ce Harmonices Inferi, premier méfait de ce probable one-man band qui
démontre encore une fois, au risque de se répéter, combien il existe bien une
magie dans ce (sous) genre dont l'apprécitation ne se mesure à l'aune de
l'originalité mais à celle de la sincérité et de la capacité (ou pas) à capter
en même temps qu'un mal être absolu une atmopshère suprêmement sinistre. Tout y
est, du son bourdonnant (l'écoute au casque est à ce titre particulièrement
recommandée) au chant écorché complètement noyé sous une croûte polluée
("The Yeller"), des kystes ambient trempés dans l'humus burzumien au
rythme paresseux d'une batterie réduite à sa portion congrue sans faire
l'impasse sur les durées qui s'étirent.Ca marche pourtant,
comme en témoigne "Void Of..." (Read more)
C'est dans les vieux pots... On ne saurait trouver meilleur étiquette que cette adage pour qualifier As Autumn Calls qui fait siennes de vieilles recettes néanmoins intemporelles.
Remarqués avec un EP séminal (Emotionless) dont la bonne tenue a soulevé en 2009 de vrais espoirs à leur encontre, les deux Canadiens ont par la suite signé avec Naturmacht, label davantage porté sur le Black Ambient que sur le Doom (exception faite d'Abor Ira) et accouchent deux ans plus tard d'un galop d'essai longue durée qui honore avec une sincérité évidente un cachier des charges qui a fait ses preuves.
La vieille recette évoquée plus haut, c'est donc, vous l'aurez deviné tout seul, le Doom (Death) tel établi par les Grands Anciens de l'école Britannique, la fameuse sainte trinité formée autour de Paradise Lost, My Dying Bride et Anathema dont seul le premier des trois sait encore agréablement sous satisfaire. Rajoutez à cela une louche du old Katatonia, identifiée par la reprise du "Murder", dont certaines mauvaises langues ne manqueront pas de souligner qu'il s'agit du meilleur moment de l'écoute, et vous obtenez au final un opus sans (mauvaises) surprises qui possède l'assurance tranquille des objets classiques mais solides.
En effet, ne seraient-ce les nappes de claviers, du reste pas toujours indispensables quand bien même elles demeurent (heureusement) parcimonieuses, citons l'exemple de "Wither Away", que parsèment également quelques voix claires, An Autumn Departure se contente de se frayer un chemin entre les cuisses déjà ouvertes. Des riffs entêtants, véritables vigie perçant le brouillard en même temps que arc-boutants d'une cathédrale de tristesse ("Without You") aux aplats ultra plombés comme coulés dans une plaque de granite en passant par ce chant taillé dans la roche froide et ce monolithisme dans l'expression d'une souffrance minérale ("Unerath My Sorrow"), il n'y a rien ici qui ne prête allégeance aux valeurs du Doom Death des années 90.
Il va sans dire qu'on ne s'en plaindra pas. Entre "Initium" et le titre éponyme chargé respectivement d'ouvrir et de fermer de manière instrumentale l'édifice, "The Demons Therein", lui aussi imprégné de l'influence tutélaire du groupe d'Anders Nyström ou les dix minutes de "Closer To Death" nous renvoient directement à toute cette période bénie (on pense aussi à Celestial Season et à toutes formations oeuvrant alors en seconde division) dont les Canadiens restaurent avec bonheur à la fois ce son rustre, authentique et cette mélancolie pluvieuse et automnale, plus noble que misérable.
Sans révolutionner le genre qu'il façonne avec respect, As Autumn Calls confirme avec ce premier album les promesses efleurées par Emotionless et ce faisant, devrait ravir les nostalgiques ayant vécu ces années où tout restait encore à faire. C'est dans les vieux pots, effectivemment... 7/10