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mercredi 4 avril 2012

Aun - Black Pyramid (2010)


En l'espace de quelques années, Aun est devenu une des figures les plus passionnantes d'une scène Drone/Ambient où le meilleur (un peu) cotoie le pale suiveur (trop souvent). Et plus le temps passe et plus on mesure combien la mutation du projet au départ simple laboratoire solitaire du canadien Martin Dumais, désormais hydre à deux têtes depuis que Julie LeBlanc, artiste visuel aussi bien que musicienne, l'a rejoint, lui a été bénéfique, gagnant en beauté ce qu'il n'a pourtant pas (tout à fait) perdu en puissance tellurique. 

A force de les souligner sur scène par un kaléidoscope d'images (forcément) lynchiennes, la jeune femme a contribué à donner aux effluves sonores tricotées par son compagnon, une dimension justement plus visuelle. Corrolaire de cette évolution, le Drone forgé par Aun se délite de plus en plus, devenant une masse éthérée. 

Voyant le jour chez Cyclic Law, promotion amplement méritée, Black Pyramid poursuit de fait cette trajectoire aussi bien artistique qu'esthétique, entamée avec Motorsleep et VII respectivement capturés en 2008 et 2009. L'édifice pyramidal flottant au milieu des nuage au centre de sa pochette révèle très justement le contenu dont il est le brumeux écrin. Celui-ci suggère à la fois une élévation et une portée cosmique dont la musique se fait l'écho. 

Loin de simples nappes Ambient accouplées avec des guitares Drone sans âme, Aun possède la capacité rare dans le genre de ne pas se contenter de miser sur la force sombre jaillissant des arcanes de la terre mais au contraire à faire draper son art d'une beauté quasi spectrale. Insaisissable. A ce titre, "Black Pyramid" traduit bien cette qualité, longue pulsation cisaillée de crevasses électroniques dont on imagine sans peine les images qui pourraient les accompagner sur scène tant celles-ci revètent une une portée visionnaire et presque cinémathique. 

Atmosphérique, à l'image de "Phoenix", montée en puissance hypnotique et belle (le monumental "2095" qui grouille de sons teintés d'étrangeté) ou aux confins d'un Krautrock halluciné, comme l'illustre le terminal "Shining", crépusculaire organisme s'abîmant peu à peu dans une brume cotonneuse aux multiples couches staturées et palpitant au son ténébreux d'un pouls obsédant, Black Pyramid a quelque chose d'un dérelict bicéphale à la fois sombre et vaporeux. Ce faisant, il confirme l'écrasante suprématie de ce projet qui réussit là où nombreux échouent car il transcende le genre, le travaille tel un matériau finalement plus malléable qu'il n'y parait. En un mot : immense ! 8/10

A lire : Phantom Ghost (2011)



lundi 2 avril 2012

Aun - Phantom Ghost (2011)


S'ils n'auront finalement effectué qu'une courte escale chez Cyclic Law, les rapports entre les Canadiens et Frédéric Arbour, le boss du label pré-cité, demeurent intacts, le second s'étant chargé du mastering de la nouvelle offrande du premier, laquelle scelle une alliance qu'on espère durable avec Denovali, structure toute aussi précieuse qui leur sied peut-être même mieux, eut égard à l'évolution de leur art, quittant peu à peu la terre de la pure Ambient pour acouster celle d'un Rock Drone spectral et presque intimiste. 

De fait, Phantom Gost pourra surprendre, surtout dans sa première partie : fragments d'un chant féminin vaporeux ("Out Of Mind"), atmosphères hypnotiques désenchantées aux confins de la trip hop ("Travellers") ou de l'electro qu'on dirait presque échappées des expériénces  les plus personnelles de Steven Wilson avec No-Man, la voix de Tim Bowness en moins, forcément, ou de Bass Communion ("Phantom" et ses nappes evanescente d'une tristesse voilée en témoigne). Le visuel fantomatique et lynchien, typique du style de Julie LeBlanc, participe du reste de cette parenté. 

De là à dire que Aun est en train de de venir un groupe trendy et accessible, il y a bien entendu un pas que nous ne franchirons pas... Tout à fait ! Alors oui, celui-ci n'a sans doute jamais sonné aussi éthérée, aussi impalpable même, mutation sonore cependant déjà préparée par Black Pyramid, mais on ne saurait se méprendre et confondre facilité mainstream et recherche artistique d'un art total où son et images fusionnent pour ériger un organisme qui se suffit à lui-même. 

D'ailleurs, la seconde partie de Phantom Ghost (ou sa face B pour ceux qui auraient la bonne idée d'en aquérir l'édition vinyle, comme toujours particulièrement soignée avec Denovali) s'enfonce , grâce à des plages plus étirées, dans une nasse cotoneuse où les repères s'effacent avec délicatesse. Pièce Ambient, "Light Years", procède par son dénuement et son admirable économie de moyens, de cette imatérialité qui confine à uen forme d'épure, tandis que "Ghost" ferme l'écoute sur une note aride et tout aussi minimaliste, lente élévation bercée par le ressac d'effluves Drone d'une sourde beauté. 

Plus contemplatif, Aun poursuit son exploration vers un Absolu dont la fréquence des sorties n'en grève pas la rare qualité. Où nous entrainera-t-il la fois prochaine ? Nul ne le sait mais cet avenir que l'on devine proche, s'annonce passionnant à vivre... 8/10

A lire : Black Pyramid (2010)



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