Hordes

samedi 17 mars 2012

Chronique : Altar Of Plagues - Tides (2010)



On s’en rend compte aujourd’hui, White Tomb, son premier essai, a non seulement imposé Altar Of Plagues comme une des entités les plus intéressantes du moment (à la mode, diront même les mauvaises langues, ce que tendrait à confirmer la récente signature chez Candlelight), mais il a surtout fixé - pour un temps peut-être - la signature de ces Irlandais. Tides, EP de plus de trente minutes au garrot, en témoigne. A nouveau, deux titres-fleuves dont les ramifications charbonneuses s’enfoncent dans le substrat de la roche fouettée par le vent et la pluie ; à nouveau ces guitares épaisses, minérales qui tissent des fils de désespoir aux allures de câbles ; à nouveau ce chant rugueux générateur de sentiments tourmentés et déchirés. Ceci étant, Altar Of Plagues ne se contente pas de proposer un White Tomb 2. Tides met ainsi davantage l’accent sur l’aspect le plus atmosphérique du metal hybride, aux confluents du black, du sludge, du post rock que sculpte dans la terre mazoutée ses auteurs. Le plus triste également, témoin les riffs douloureusement beaux qui guidant le quart d‘heure durant lequel s‘étire « Atlantic Light », tendu comme le foc d’un navire et porteur d’une inexorabilité poisseuse. Sa partie centrale est à ce titre totalement désespérée et magnifique. Long de près de vingt minutes, « The Weight of All » installe dès son entame cendreuse, un décor crépusculaire que la voix de James Kelly contribue a amplifier. Puis, le bunker se dresse, imprenable avant que des six-cordes à l’unisson le percent de stigmates d’où coule un fluide mélancolique noir comme le pétrole. Ce monstre tentaculaire charrie une négativité grésillante, plus encore lorsque les Irlandais moulinent au-dessus d’un gouffre abyssal des notes hypnotiques d’une lancinante beauté. Le temps parait suspendu. Une ambiance désolée de fin du monde étend son linceul grisâtre. Enfin, le tempo s’accélère, écartant les cuisses vers une conclusion que l’on devine tragique. Sans rémission. « The Weight of All » accède alors à une forme de flamboyance terrifiante et perdue. Tout en creusant un sillon identique, Tides affirme encore davantage que White Tomb tout le relief  de la pesante architecture au goût de rouille que réussit à ériger Altar Of Plague et ce faisant il confirme le potentiel énorme de ce dernier que l‘avenir devrait faire exploser à la face du plus grand nombre . Apocalyptique parfois mais bouleversant et vertigineux toujours, ce groupe symbolise parfaitement le metal extrême granitique (Wreck of the hesperus, People of the Monolith…) dont on n’imagine mal s’enraciner ailleurs que dans le socle irlandais. Un très grand groupe.



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